En marge des Hortillonnages

Autour de l'eau...

L’eau est un atout majeur de notre département. Il suffit de regarder une carte du bassin hydraulique de la Somme pour mesurer à quel point la place de l’eau est prédominante. Le bassin de la Somme est le plus vaste bassin naturel du nord de la France. Sa superficie dépasse 7 400 km2 (le département couvre 6 277 km2).

Les principales villes – à commencer par Amiens – se sont développées autour de l’eau. Sait-on que 380 communes sur les 782 du département sont traversées par une rivière, autrement dit la moitié.

 

L’homme du Moyen Age a installé ses villages le long des rives, a navigué sur les principaux cours d’eau, a construit de nombreux moulins, dressé des digues, investi les marais…

Au Moyen Age et sous l’Ancien Régime, les communautés humaines tirent leur prospérité économique de l’eau. En haute-Somme, le cours sinueux et non navigable du fleuve est utilisé pour l’industrie et la pêche. Barré de digues, le flux de l’eau est régulé en fonction des besoins des moulins (ce qui ne sera pas sans poser de problèmes aux hortillons comme nous aurons l’occasion de le voir). Dans les étangs, le poisson est retenu dans des viviers.

 

Les vallées principales sont alluviales ; les rivières coulent sur un tapis de sédiments composés des alluvions (sables et graviers) recouverts par la tourbe.

L’homme, exploite très tôt cette tourbe pour satisfaire entre autres aux besoins du chauffage et pour amender ses terres, laissant ces vastes étendues d'eau qui composent notre paysage.

Plus tard, il investit les marais pour créer les hortillonnages dont les cultures maraîchères complètent la richesse économique de la ville et de ses habitants.

 


La Somme, un fleuve paisible...

Empruntant des mots gaulois ("samo" = tranquille et "ar" = rivière ou vallée), les Romains l’appelaient déjà « Samara », ce qui signifie « rivière tranquille »

La Somme prend sa source à 86 ou 95 m d’altitude seulement (selon les textes), à Fonsommes, dans le département de l’Aisne, au SW de la Ferme de Fervaques. Après un parcours de plus de 200 km (245), elle rejoint la Manche, entre les ports de Saint-Valéry et Le Crotoy (la seule plage du nord de la France orientée au sud), au niveau de notre célèbre Baie de Somme, un estuaire unique de 70 km2 qui mériterait à lui seul un long développement…

 

Très tôt, dans les années 1970, mesurant l’intérêt écologique de ce secteur, l’université de Picardie y a implanté une de ses antennes, favorisant ainsi de multiples études scientifiques sur ce milieu.

Pourrions-nous espérer une même attention pour le site des hortillonnages ?

 


La Somme, jadis un axe de circulation commerciale...

Dès l’antiquité, la Somme est un axe de circulation commerciale, confirmant très tôt le rôle portuaire d’Amiens. Cependant, les irrégularités de son cours et de son débit rendaient la  navigation dangereuse. Aussi pour franchir les passages difficiles, le recours à des haleurs comme on peut l’observer dans le bas d'un document du XVIème siècle 

 

 

 

Vue d'Amiens (Source: Archives dépârtementales de la Somme)
Vue d'Amiens (Source: Archives dépârtementales de la Somme)

Les picotins, ces embarcations légères mises en circulation en 1721, puis les « gribanes », ces grandes barques à fond plat munies de deux voiles, furent remplacés par la suite par  les péniches des mariniers qui débarquaient leurs marchandises sur des quais.

Pour rendre le fleuve plus facilement navigable, des travaux de canalisation furent décidés en 1770 et achevés en 1843.

 

La moyenne vallée de la Somme, de Bray à Amiens, et la basse vallée jusqu’à Abbeville voit le passage d’un lit naturel à un fleuve canalisé pour permettre la navigation. Le cours de la Somme est aujourd’hui ponctué d’écluses (18), de ponts tournants (4) et de pont-levis (3)

 

Le canal fut ainsi bordé d’un chemin de halage à partir duquel les chevaux remorquaient les bateaux.

 

 

En régression depuis la fin du XIXème siècle du fait de la concurrence du chemin de fer qui apparait en 1846 et de l’ensablement de la baie de Somme qui a empêché les échanges avec la voie maritime, le transport fluvial est relayé par le tourisme fluvial.


La navigation fluviale

L’histoire de la navigation fluviale est un sujet passionnant, remis au goût du jour par quelques chercheurs et passionnés par ce thème. Peut-être connaissez-vous déjà l’existence de la  barque romaine reconstituée par l’association locale des Ambiani. Elle est amarrée sur les berges de la Somme à Pont-Rémy où vous pouvez la voir…


De même, nous rappellerons la belle découverte d’une épave datée du début du XVIIIème siècle (1718), repérée dans la Somme à 3 m de profondeur, parallèlement à la berge, à hauteur de la commune d’Epagnette (non loin d’Abbeville).  Elle fait l’objet d’une fouille subaquatique, chaque été, depuis 2011 par Eric Rieth du CNRS. Ce bateau en chêne de 12 à 14 mètres de long – et son chargement (un lot de tuiles et de pains de tourbe) peuvent ainsi être étudiées…